l’art dit "abstrait" serait plus propice à faire passer l’invisible
Une des leçons à tirer de ce que nous venons d’évoquer sur l’état du métier, en cette fin de siècle, est que les artistes qu’ils soient chrétiens ou non ne peuvent se dispenser de la discipline ou de l’ascèse que demande leur art. En l’oubliant, ils sont condamnés à mettre sur le même plan croûte et chef d’oeuvre.
Si l’on revient aux premiers artistes chrétiens à Rome, on s’aperçoit qu’ils connaissaient leur art pour l’avoir appris auprès des maîtres, peut-être païens, mais bons sculpteurs ou bons peintres ; et si l’inspiration change, la maîtrise de la pierre ou de la fresque, elle, ne change pas selon que les mains qui la possèdent sont païennes ou chrétiennes.
En conférant une dimension intérieure à l’oeuvre d’art, la foi ouvre le coeur à la présence divine, mais elle ne donne pas pour autant de talent à l’artiste. Il lui faut patiemment l’acquérir.
L’autre leçon à tirer de l’histoire des arts, nous apprend également que les plus grands créateurs ont su fixer matériellement l’invisible dans leurs oeuvres de façon à ce que chacun, du plus cultivé jusqu’au plus humble, puisse le déceler grâce à la maîtrise de son métier par l’artiste. L’art européen et chrétien n’est pas abscon. Et si les artistes ont parfois utilisé symboles et allégories pour rendre des notions abstraites, ils n’y firent appel que pour les éclairer.
L’art chrétien est une invitation à croire afin de comprendre, qui aide à voir au-delà du monde sensible, certes, mais sans l’éliminer pour autant et en s’appuyant sur lui.
Tout art est abstrait dans la mesure où l’artiste se doit de choisir, de trier, d’élaguer les détails accessoires pour rendre au plus clair le thème choisi. Ce que l’on appelle aujourd’hui l’art abstrait est souvent un art qui veut exprimer le tout par le rien. Que de "gribouillis" peints ! Que de "schmilblics" sculptés assurent la célébrité de nos artistes contemporains avec l’appui des édiles !!
L’art européen chrétien est un art incarné, et ce n’est pas pur hasard, si l’art, depuis l’Incarnation du Christ en ce monde, est un art du visage et du corps humain.
Si l’on regarde nos plus grands artistes, ils ont fait en sorte que "le poids de l’humain ne détruise pas le divin qui est en nous et que la grandeur du divin n’annula pas la valeur de l’humain" [1].
L’homme est, par conséquent, le fait primordial de l’art, qu’il en soit le sujet ou l’acteur. Les oeuvres font toujours apparaître une spiritualisation de la matière et une incarnation de ce qui est spirituel. Ce n’est donc pas tel ou tel système de pensée qui est à l’origine de l’art mais l’homme.
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